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Gestion · Budget annuel

Comment faire le budget d'une copropriété au Québec, sans y passer vos nuits

5 juillet 2026 · mis à jour le 16 octobre 2026 7 min de lecture Par Thibault

Être nommé au conseil d'administration de son syndicat de copropriété, c'est un peu comme hériter d'une deuxième job… mais non payée. Et s'il y a un moment de l'année où la pression monte, c'est la préparation du budget annuel.

Entre l'inflation, l'entretien de l'immeuble et les nouvelles obligations légales — le règlement d'application de la Loi 16 est en vigueur depuis le 14 août 2025 —, l'exercice peut vite virer au casse-tête comptable.

Bonne nouvelle : un budget solide n'a pas besoin d'être un chiffrier Excel de 40 colonnes que personne d'autre ne comprend. Voici une méthode claire pour bâtir un budget transparent, conforme et présentable en assemblée.

1. Séparez les charges courantes des réparations majeures

C'est la base de la comptabilité de copropriété — et c'est là que se glissent les premières erreurs. Votre budget se divise en trois blocs étanches :

Ne mélangez jamais ces fonds. Piger dans le fonds de prévoyance pour payer une facture de déneigement, ce n'est pas seulement interdit : c'est la recette pour se retrouver à sec le jour où la toiture lâche.

2. Anticipez les vraies hausses (pas juste « +2 % »)

L'erreur classique : copier-coller le budget de l'an passé en ajoutant 2 %. Au Québec, certains postes bougent beaucoup plus vite.

Un budget réaliste, c'est un budget qui prévoit la mauvaise nouvelle avant qu'elle arrive.

3. Financez le fonds de prévoyance selon la Loi 16

C'est ici que les règles ont changé — et que beaucoup d'administrateurs se trompent encore.

Le carnet d'entretien et l'étude, maintenant obligatoires

Depuis l'entrée en vigueur du règlement d'application de la Loi 16, chaque syndicat doit tenir un carnet d'entretien et faire réaliser une étude du fonds de prévoyance par un professionnel autorisé (ingénieur, architecte, technologue ou autre ordre reconnu). Cette étude chiffre les travaux à venir sur au moins 25 ans et détermine le montant à cotiser chaque année. Les copropriétés existantes ont jusqu'au 14 août 2028 pour obtenir leur première étude.

Le 5 % : un plancher, pas une cible

Avant la réforme, le Code civil exigeait de verser au moins 5 % des charges communes au fonds de prévoyance. Depuis, les cotisations doivent suivre les recommandations de l'étude. Tant que votre syndicat n'a pas obtenu sa première étude, ne descendez pas sous ce plancher de 5 %, et faites confirmer par un professionnel la règle qui s'applique à votre syndicat.

La nuance qui coûte cher : 5 % des charges courantes, c'est un plancher, presque toujours insuffisant pour un immeuble qui vieillit. Le prendre comme objectif, c'est se garantir une cotisation spéciale d'urgence tôt ou tard.

Une fois l'étude en main, vous ajustez vos cotisations selon ses recommandations. Si elle révèle un déficit, vous disposez d'un maximum de 10 ans pour le combler.

Pour un ordre de grandeur en attendant l'étude, un seul chiffre figure dans la loi : pour un immeuble neuf, tant que le promoteur n'a pas obtenu l'étude, le fonds reçoit 0,5 % de la valeur de reconstruction par année. Ce n'est pas une règle pour votre immeuble, mais c'est un repère utile : sur un immeuble de 1,2 M$, il donne 6 000 $ par année, soit bien plus que 5 % de la plupart des budgets courants.

Si vous gérez un petit « plex » en autogestion, c'est justement vous qui êtes le plus susceptible de ne pas encore avoir d'étude. Traitez le 5 % comme un minimum à dépasser, et non comme une cible à atteindre : c'est votre meilleure protection contre les fameuses « ballounes » financières que tout le monde redoute.

Le fonds d'auto-assurance : un minimum fixé par règlement

Depuis le 15 avril 2022, chaque syndicat doit aussi alimenter un fonds d'auto-assurance. La cotisation minimale de l'année dépend du solde du fonds et de la franchise la plus élevée de votre police, sans compter les franchises pour tremblement de terre et inondation (CCQ, r. 4.1, art. 2) :

Avec une franchise de 25 000 $ et un fonds vide, c'est donc 12 500 $ la première année et 12 500 $ la deuxième. C'est souvent le poste que les petits syndicats oublient, et il pèse lourd.

4. Un exemple chiffré : le budget d'un 6-plex

Rien ne vaut un cas concret. Imaginons un immeuble de 6 unités à quotes-parts égales, dont la valeur de reconstruction est estimée à 1,2 M$. Sa police d'assurance prévoit une franchise de 25 000 $ en cas de dégât d'eau (sa franchise la plus élevée), et son fonds d'auto-assurance est encore vide :

Fonds d'administration (charges courantes)

Assurance de l'immeuble6 000 $
Déneigement2 500 $
Électricité des aires communes900 $
Ménage et conciergerie1 800 $
Petites réparations et imprévus1 500 $
Frais de gestion, bancaires et divers800 $
Sous-total charges courantes13 500 $

Fonds de prévoyance

Ancien plancher légal (5 % des charges)⚠ nettement insuffisant à long terme675 $
Contribution choisie en attendant l'étude (0,75 % de la valeur de reconstruction)hypothèse de l'exemple, à remplacer par la recommandation de l'étude9 000 $
Contribution retenue9 000 $

Fonds d'auto-assurance

Franchise la plus élevée : 25 000 $, fonds videminimum réglementaire : la moitié de la franchise12 500 $
Contribution retenue12 500 $
Total à percevoir sur l'année13 500 $ + 9 000 $ + 12 500 $ 35 000 $ / an
Réparti sur 6 unités égales5 833,33 $ par unité par année ≈ 486,11 $ / mois

Vous voyez immédiatement les deux pièges. S'en tenir au minimum de 5 % (675 $) aurait laissé le fonds de prévoyance à peine capitalisé : c'est exactement le genre d'écart que l'étude du fonds de prévoyance sert à corriger. Et oublier l'auto-assurance aurait sous-estimé le budget de plus d'un tiers : sans elle, la cotisation tombe à 312,50 $ par mois au lieu d'environ 486 $. La deuxième année, le fonds d'auto-assurance recevra encore 12 500 $ ; une fois la franchise atteinte, cette ligne tombera à zéro.

Dans BudgetCopro, la version gratuite accepte 3 dépenses récurrentes. Les autres postes de cet exemple (l'assurance annuelle, les petites réparations) peuvent être saisis comme dépenses ponctuelles du Planning, à reprendre chaque année ; la version Pro lève cette limite.

5. Le calendrier : quand préparer quoi

La préparation d'un budget ne se fait pas la veille de l'assemblée. Un rythme réaliste :

6. Automatisez, puis présentez un budget clair

Passer ses soirées à vérifier si la cellule B12 est bien additionnée à la C24, ça va un temps. Votre temps de bénévole est précieux.

Un outil pensé pour la réalité d'ici, comme BudgetCopro, vous laisse simuler vos charges, répartir les cotisations selon les millièmes de chaque unité et générer un budget propre en quelques clics — puis produire les reçus et avis PDF qui vont avec, prêts à envoyer. Fini le chiffrier qui casse à la moindre fausse manœuvre.

La règle d'or de l'assemblée. Plus votre budget est présenté de façon visuelle et simple, moins vous aurez de débats interminables en assemblée. La transparence désamorce 90 % des conflits — un tableau clair vaut mille lignes de chiffrier.
T
Thibault Administrateur bénévole de copropriété à Montréal et fondateur de BudgetCopro.
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Cet article fournit de l'information générale et ne constitue pas un avis juridique ou comptable. Les règles applicables peuvent varier selon votre déclaration de copropriété et évoluer dans le temps. Pour une situation précise, consultez un professionnel qualifié.

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